Essais et acclimatation
Adapter le jardin au changement climatique
Il est assez terrible de voir son jardin se dessécher en été, et de ne pouvoir faire grand chose. Nous avons été confronté à cela pendant de nombreuses années, jusqu'à ce que nous décidions d'agir. Méthodiquement, nous avons travaillé sur les microclimats, pour en créer, pour les modifier. Nous avons planté des arbres, des haies, creusé des mares. Mais surtout, nous avons sélectionné nos plantes, en abandonnant définitivement (et avec un infini regret pour certaines) celles qui ne poussaient plus. Les azalées nous ont longtemps régalé de leur chatoyantes couleurs printanières, mais les maintenir demandait des arrosages beaucoup trop importants, comme les hortensias d'ailleurs. Nous les avons vu mourir les uns après les autres... nous avons abandonné leur culture.
Les gelées tardives
Pour nous protéger des gelées tardives, redoutables quand les hivers sont doux, nous avons planté des haies épaisses tout autour du grand verger central. Il a fallu le temps que les haies poussent, mais maintenant, il est rare que nous ayons à les craindre et les fructifications sont au rendez-vous tous les ans.
Les étés chauds et secs
Nous avons planté en fonction des besoins des plantes et des microclimats. La mise en place des paillages nous permet de maintenir l'humidité dans les massifs ombragés, Avec le temps, le sol s'est transformé, et il est rare que nous ayons beaucoup à arroser. Le potager (dans le jardin créole), est mi-ombragé par des pommiers, des bananiers.
Le choix des plantes
Nous avons choisi des plantes rustiques et évitons les plantes qui demandent plus qu'un simple paillage pour passer l'hiver. Car même si les étés sont de plus en plus chauds et secs, les hivers peuvent être froids, même si répétons le, ils le sont de moins en moins.

Zones de rusticités
Quand on s'intéresse à l'acclimatation, la carte des zones de rusticité est précieuse. Ainsi selon cette carte, notre jardin se situe en zone 8 (voir plus bas).
Ce qui est intéressant (ou inquiétant), c'est que notre zone était classée en zone 7 en 1990. Cela signifie donc que nous aurions gagné une zone climatique en 30 ans. C'est d'ailleurs un peu ce que nous avons constaté : on peut désormais cultiver en pleine terre des plantes qu'il était inenvisageable de cultiver il y a 30 ans.
Ainsi, le plumbago du Cap (Plumbago capensis) arrive à tenir avec un bon paillage. De même pour le papayer des montages (Vasconcellea pentagona). La partie aérienne de ces deux plantes est détruite même par de faibles gelées, mais elles redémarrent vigoureusement tous les printemps, et atteignent des tailles appréciables en fin de saison. Le plumbago atteint 1,5m en tout sens et fleurit abondamment, et la papayer atteint 1,80m.
Pourquoi peut-on cultiver ces plantes maintenant ? Ce n'est pas qu'une question d'étés chauds, c'est une question de sol. Le froid ne dure pas et n'est intense que sur de très courtes périodes. Résultat : le sol ne se refroidit plus en profondeur, les souches arrivent donc à se maintenir.
La rusticité, c'est quoi ?
C'est la capacité d'une plante à supporter les conditions de la mauvaise saison (l'hiver chez nous) dans une région donnée. Cela signifie par exemple que des plantes qui peuvent passer l'hiver sans problème en Bretagne ou dans le Midi, peuvent ne pas le passer en Île de France. Aujourd'hui, nous pouvons acclimater de plus en plus de plantes en Île de France car le climat change de manière certaine. Moi qui suis jardinier depuis 30 ans et qui suis passionné d'acclimatation, je vois bien l'évolution : des plantes autrefois non rustiques dans mon jardin le sont aujourd'hui devenues !


Evolution des zones climatiques en 30 ans
La carte de gauche date de 1990, la carte de droite est plus récente. On voit l'évolution des zones climatiques, c'est très nette, ça chauffe ! On voit que dans une bonne partie de l'Île de France, on peut cultiver des plantes méditerranéennes, ce qui se vérifie dans les jardins où on voit prospérer des lauriers roses, des oliviers, et même quelques mimosa par-ci par-là.
Essais et acclimatation
Les possibilités de cultures de nouvelles plantes sont donc nombreuses. Ainsi, des plantes souffrent puis finissent par disparaître, ce qui est logique si on regarde les deux cartes ci-dessus. Si le climat se modifie, la végétation se modifie. Il faut donc trouver les plantes qui donneront le meilleur d'elles-mêmes dans ces nouvelles conditions. c'est important d'un point de vue alimentaire, mais aussi pour les animaux, les insectes... Il faut essayer de trouver les plantes qui leur permettront de survivre, en leur donnant du pollen en été, quand les plantes locales sont grillées par exemple. Mais il n'y a pas que le climat qui joue, il y a aussi les microclimats qu'on peut mettre en place au jardin et qui permettent de cultiver encore plus de plantes. Pour aller plus loin sur les microclimats, vous pouvez consulter cet articles : Créer des microclimats
Alors dans ce jardin, on teste, on essaie... Il y a pas mal de casse, de déceptions mais on continue ! Et peu à peu, on voit émerger des valeurs sûres et des plantes qui deviennent les piliers du jardin ! Peut-être seront-elles des plantes courantes des jardins de demain, qui sait ? Ainsi, si de très nombreuses plantes courantes dans nos jardins d'aujourd'hui sont les plantes exotiques d'hier, les exotiques d'aujourd'hui pourraient bien être les plantes courantes de demain !
