Le jardin biodivers
Vive la biodiversité !
Cultiver des plantes exotiques pourrait laisser penser que nous n'attachons pas d'intérêt aux plantes locales t à la biodiversité locale. Rien ne serait plus faux. Notre postulat est le suivant : si le climat change, la végétation va changer. Et si la végétation (flore) change, il y a forte à parier que la faune va changer. Flore et faune vont ensemble, on ne peut les séparer. Et à chaque climat correspond une faune et une flore bien défini. On le voit très bien quand des plantes jusqu'alors cantonnées aux zones méditerranéennes remontent vers les nord. Cela vaut pour les insectes, les animaux, les maladies...
A "L'oasis entre les blés", il n'y a pas de massifs exclusivement exotiques. Nous faisons la part belle aux plantes sauvages locales qui se mélangent avec les plantes venues d'horizons plus lointain. L'idée est d'offrir aux insectes et aux petits animaux "des ponts" entre l'ancien écosystème qui s'affaiblit et le nouveau qui s'installe progressivement.
Nous n'attendrons pas que tout s'effondre pour réagir et nous faisons confiance à Dame Nature pour prendre ce qui lui convient et éliminer ce qui n'a pas de rôle à jouer.
Nous nous sommes inspirés des travaux et du livre de Chris D Thomas, "Inheritors of the earth, how nature is thriving in an age of extinction", qu'on pourrait traduire par "les habitants de la Terre, comment la Nature prospère en un âge d'extinction". Il montre dans ce livre que la nature intègre très bien les plantes exotiques au sein des écosystèmes...

La biodiversité cultivée
Nous encourageons la biodiversité cultivée, qu'est-ce que cela veut dire ? Pendant des siècles, les paysans et jardiniers de tous les continents ont sélectionné et améliorer les plantes nourricières. Cela a abouti à une formidable biodiversité de plantes cultivées, adaptées à chaque terroir, à chaque climat. Les graines de ces plantes se transmettaient de générations en générations, et hors périodes de guerre ou accidents climatiques, elles ont permis aux Hommes de survivre.
Aujourd'hui, cette transmission est rompue. Le règne des hybrides F1 est en train d'y mettre un terme. En effet, les hybrides F1 ne produisent pas de semences reproductibles. Ces semences ne sont pas forcément stériles, mais les plantes obtenues ne donnent pas toujours les garanties de production des plantes de départ.
Ces hybrides sont obtenus par de grands groupes semenciers qui déposent un brevet chaque fois qu'un nouvel hybride est créé. Les hybrides leur appartiennent, et aujourd'hui, 85% des semences mondiales sont aux mains de 4 ou 5 semenciers. On assiste à une véritable privatisation du vivant.
A "L'oasis entre les blés", nous n'utilisons jamais d'hybrides F1, mais toujours des semences paysannes, reproductibles. Cela vaut principalement pour les plantes nourricières qui poussent dans le potager puisque partout ailleurs, le jardin est le domaine des vivaces.

La biodiversité sauvage
Toutes les haies plantées tout autour et à travers le jardin le sont de plantes locales et spontanées de la région. Des sureaux, des cornouillers sanguins, des charmes, des troènes communs, des camerisiers, des noisetiers, des bouleaux, des fusains d'Europe, des prunelliers, des chèvrefeuilles... Dans certaines haies, nous avons ajoutées des plantes non locales mais qui ont un intérêt pour la faune, comme les éleagnus et les symphorines, très appréciés pour leurs fleurs et leurs fruits. Il faut voir le nombre de pollinisateurs qui butinent les buissons de symphorines en fleurs, c'est impressionnant !

Un savant mélange
Une dose de plantes sauvages avec une dose de plantes exotiques, c'est notre recette ici ! Et ça marche ! Les insectes et les oiseaux ne se laissent pas mourir de faim, pour la plupart, ils recherchent, ils prospectent. Bien sûr, il y a ceux qui ne s'adapteront pas, mais mélanger les plantes pourrait permettre, qui sait, à la faune de passer de l'une à l'autre plus facilement en cas de problème ; de passer d'une plante sauvage en difficulté lors des étés trop chauds à une plante exotique qui les supportent parfaitement.
D'ailleurs, lors des étés caniculaires que nous avons désormais régulièrement, on voit les bas côtés grillés par le soleil, laissant sans ressources les insectes pollinisateurs. Pourtant, notre jardin bruit de partout, avec des insectes sur les symphorines, les hédychiums et toutes les aromatiques. Et la pollinisation fonctionne puisque les hédychiums, originaires des zones subtropicales et tropicales font des graines !
Autre exemple : depuis quelques années, nous avons noté un balai incessant de mésanges autour des kniphofias en fleurs au printemps. Surpris, nous avons bien observé... les mésanges venaient se régaler de quelque chose qu'elles puisaient dans les fleurs, et ce quelque chose, c'est du nectar sucré, produit en abondance. Et nous avons vu que les moineaux, aillant sûrement observé les mésanges, se mettaient eux aussi à venir "butiner" les fleurs de kniphofia !
Heureusement, les kniphofias (Kniphofia uvaria) adorent le jardin où ils poussent en abondance. Si cela peut aider ces petits oiseaux à trouver des ressources alimentaires au printemps, au moment où il n'y en a pas suffisamment, alors c'est parfait, l'oasis joue son rôle !
